juillet 27, 2026

Du Moyen-Âge à aujourd’hui, être juif en Alsace

AxeConnaissances et compétences associées
Les croyances
Les pratiques
Les valeurs
Le patrimoine
La communauté
– Découvrir, croiser et questionner la place, les formes et la diversité des croyances et de représentations de l’humain
– Comprendre des doctrines et des expériences religieuses : discerner croire et savoir Étudier le vaste domaine des pratiques
– Prêter attention à la dimension religieuse et spirituelle de l’humain
– Découvrir et interpréter les traces culturelles…
– Acquérir les repères fondamentaux des religions présentes en Alsace et au-delà dans leur contexte
Objets d’enseignementAttendus de fin d’année
– Repérer les caractéristiques du judaïsme alsacien du Moyen-Âge à aujourd’hui, de ses expressions culturelles et de son empreinte en Alsace
– Distinguer stéréotypes et préjugés antisémites
– Contextualiser les expressions de l’antisémitisme selon les époques l’influence du judaïsme sur l’histoire et la culture en Alsace.


L’élève sera capable de :
– situer dans l’histoire de la région les événements marquant pour le judaïsme les préceptes à travers le judaïsme alsacien
– Repérer un lieu en lien avec le patrimoine juif alsacien (synagogue, cimetière, mikvé,…)
– Identifier les stéréotypes antisémites véhiculés par les chrétiens (cathédrale de Strasbourg, Collégiale Saint-Martin de Colmar) (sabbat goy)

Lexique : antisémitisme, antijudaïsme, yiddish, profanation, sionisme ( ?), synagogue, rabbin, hanouka, Roch Hachana, Yom Kippour, kippa
Activités pratiques envisageables avec les élèves
Visite de lieux de culte ou d’un cimetière juifs Étudier des figures qui ont renforcé les préjugés antisémites (Le juif errant, les méchants avec des attributs juifs, le golem, …)
Décrypter des représentations antisémites (images, langage, propagande …)
Etudier un extrait de l’ouvrage de Claude Vigé, le panier de houblon (tome 1)
Points d’attention
Décorréler l’antisémitisme de l’antisionisme

Claude Vigée
 Un panier de houblon – La verte enfance du monde, Editions JC Lates, 1994

Je suis né en 1921 à quelques kilomètres du Rhin, dans une contrée sablonneuse du nord-est de l’Alsace. La région de Bischwiller est envahie de forêts de hêtres et de pins. La brume du fleuve couve presque toute l’année les marais peuplés de grenouilles, infestés de moustiques, dont les bords sont plantés de saules géants, de trembles et de roseaux. Cette bande riveraine s’appelle le Ried. J’ai passé là mon enfance et mon adolescence, jusqu’à seize ans, m’initiant tôt à la vie pauvre des ouvriers du textile, mi-prolétaires, mi-paysans, dans ma petite ville aux filatures de laine du XIXe siècle à moitié ruinées, avec les hangars de briques rouge tout croulants et leurs cheminées lézardées qui, pour la plupart, ne fumaient plus depuis longtemps. Bischwiller était une bourgade somnolente, aux rues toujours vides, cernée de villages forestiers, et le mode de vie campagnard pénétrait jusqu’en son centre aux rues droites et grises, construites à la fin du XVIIe siècle par les réfugiés huguenots qui firent longtemps la fortune de l’endroit avec leurs manufactures de drap.

Dans les venelles aux petites maisons ouvrières d’autrefois, coiffées d’énormes toits biscornus, les halles aux houblons et les hautes portes des granges alternaient avec d’anciennes maisons patriciennes garnies d’oriels à boiseries sculptées ; il y stationnait des voitures à foin et des charrettes à claire-voie où l’on chargeait et déchargeait les sacs de noix, de blé, de fourrage, de houblon ou de farine dont faisaient provision les marchands locaux. Mes aïeux paternels, depuis trois générations, tenaient boutique de drapier dans la Grand-Rue. Toute la paysannerie des environs s’y pressait, quand elle venait vendre les produits de la terre au marché, le samedi matin. De l’autre côté de la Laub, – la mairie à poutrelles apparentes reconstruite en 1665 après les ravages de la guerre de Trente Ans, – une impasse nommée le Coin-des-Pâtres s’ouvrait, en plein cœur de la cité, sur la rue des Apothicaires. Celle-ci était bordée de belles maisons bourgeoises bâties voici deux siècles par l’aristocratie du canton, enrichie dans l’industrie textile, le négoce du houblon et la pharmacopée. Par un juste retour des choses, cette rue, dans notre dialecte, s’appelait « d’Söjgass », la venelle aux porcs : autrefois, les porchers municipaux du Coin-aux-Pâtres y poussaient leurs troupeaux vers Niedermatt, le Bas-Pré marécageux, où les cochons de la localité s’ébattaient en liberté sur les terres communales.

Mon grand-père maternel, Léopold, était un Juif campagnard, athlétique et salace, qui portait un sac de blé de cinquante kilos d’un village du Ried à l’autre en se jouant, et se battait dans les auberges à coup de chaise avec les Gentils, pour un oui ou pour un non. Il venait d’un hameau de l’extrême nord de l’Alsace, dont la communauté juive s’était effrité à la fin du siècle dernier. Ayant émigré à Bischwiller en 1910, il ne s’était jamais consolé de l’exil doré dans sa petite ville d’adoption où il s’appliquait, non sans mal, à mener la vie respectable d’un père de famille bourgeois de confession mosaïque, comme disaient nos voisins les Juifs badois sous l’empereur Guillaume II. 

Pages 21 – 22

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