À l’école de la tolérance

 

Quatre classes de 6e du collège Walch ont participé à un parcours interreligieux qui leur a permis de découvrir les lieux de culte de Thann et de discuter avec des représentants de chaque religion

 

Pour développer à l’école la laïcité et le respect mutuel, le progrès des connaissances est le meilleur rempart contre les peurs et les préjugés. Enseigner les faits religieux n’est pas une entorse à la laïcité mais la pleine application de son principe  », estime Driss Kherbouche, principal du collège Charles Walch de Thann. C’est donc symboliquement le 7 décembre, dans le cadre de la journée nationale de la laïcité (le 9), qu’un projet intercultu(r)el a été proposé aux 130 élèves de 6e , soit quatre classes. Un projet mené avec le soutien de Gisèle Maller, professeur de religion dans trois établissements et référente du groupe interreligieux.

 

Il a commencé par un travail préparatoire avec les professeurs de français, qui ont réalisé dans leurs classes un travail sur les récits fondateurs dans les trois religions monothéistes : judaïsme, islam, christianisme, en mettant en évidence les points communs entre les textes propres à ces trois religions. Travail qui a débouché, jeudi matin, sur la visite de quatre lieux de culte thannois : la collégiale, le temple, la synagogue et la mosquée El-Hijra (il en existe une autre, gérée par la communauté turque ). « L’objectif de ce projet, soutenu par les représentants de chaque culte, est la découverte de la diversité religieuse et du dialogue possible à partir de cette diversité  », commentait le principal.

 

Après une visite de la collégiale, et l’explication des différents symboles religieux qu’elle abrite, la 6e C a ainsi pris la direction de la synagogue de Thann, construite en 1862, détruite partiellement durant la Première Guerre mondiale et reconstruite en 1924. Elle n’accueille plus de culte, mais le rabbin de Mulhouse, Elie Hayoun, est là pour accueillir les jeunes et répondre à leurs questions. À un collégien qui lui demande pourquoi les juifs portent la kippa, il répond : « Je la porte pour me rappeler que j’ai quelqu’un au-dessus de moi, qui me protège mais me surveille aussi ! » À un autre qui lui lance «  je ne crois pas  », il répond avec humour : « Beaucoup de gens jouent au loto alors qu’ils ont une chance sur plusieurs millions de gagner. Dieu, soit il existe, soit il n’existe pas. Si tu crois, tu as une chance sur deux d’avoir raison !  » Le pari de Pascal version judaïque…

« Faire l’œuvre de Dieu, c’est être un homme bien »

À ces jeunes, « j’explique la différence entre l’église et la synagogue, indique le rabbin, mais surtout je leur dis qu’être proche de Dieu n’est pas difficile : si on est un bon fils ou une bonne fille, un bon élève, une personne honnête et un citoyen qui sert son pays, alors on est proche de Dieu. Faire l’œuvre de Dieu, c’est être un homme bien.  »

 

Après la présentation de quelques symboles religieux, comme les rouleaux de la Torah et le chandelier à sept branches, les collégiens prennent la direction de la mosquée, située en face de la maison de retraite de l’hôpital de Thann. Pas de minaret, pas même une plaque sur la porte : elle est si discrète que les enseignants hésitent avant de trouver la porte. Derrière, les jeunes découvrent un vestibule où on doit laisser ses chaussures, une salle dédiée aux ablutions puis une salle de prière toute simple, avec des rayons garnis de Corans, le Meharab d’où l’imam dirige la prière et une pendule électronique qui indique l’horaire des cinq prières quotidiennes. Des panneaux présentent quelques moments clés de la vie du prophète Mamohet. À l’étage, on trouve une salle de prière pour les femmes et des salles de classe : quatre ou cinq professeurs bénévoles (des étudiants) apprennent l’arabe aux jeunes et assurent du soutien scolaire. Soit sept classes, quatre le samedi et trois le dimanche, regroupant près de 140 élèves âgés de 4 à 17 ans. Avant de repartir, les collégiens ont droit à un goûter à base de jus de fruits et de gâteaux orientaux.

 

Leur parcours s’achève au temple, dont la décoration particulièrement sobre ne manque pas de les surprendre : « On dirait plus un tribunal qu’une église  », s’étonne un élève. «  C’est fait exprès, répond le pasteur. Quand on vient prier, on ne doit pas être distrait par la décoration. Le plus important, c’est la parole de Dieu.  » Chez les protestants, découvrent les élèves, il n’y a pas d’hostie mais du pain coupé en petits morceaux et du vin, que les fidèles prennent réunis autour de l’autel. Et pas de culte de la Vierge et des saints, « ce qui ne veut pas dire qu’on n’y croit pas ! »

« Dédramatiser et changer les représentations des élèves sur les religions »

Des différences donc, mais « les valeurs fondamentales sont les mêmes et on a tous à peu près les mêmes discours, ce qui explique qu’on soit tous autour de la même table  », a lancé le rabbin lors de la réunion finale, au Cercle Saint-Thiébaut. Les représentants de chaque culte étaient là ensemble pour répondre aux questions des collégiens. Chaque classe avait préparé les siennes en amont : « qu’est ce qu’une bar-mitsva ? » , « pourquoi les musulmans ne fêtent pas Noël ? » « quand sont nées les quatre religions ? » , « pourquoi les femmes doivent porter le voile ? »… Réponse de l’iman, pour le voile : «  Ce n’est pas obligatoire. Les croyants doivent juste avoir de la pudeur et s’habiller correctement, et c’est vrai pour les hommes aussi ! » Et le principal de conclure : « Cette journée a un but éducatif, l’idée est de dédramatiser et changer les représentations des élèves sur les religions, mais aussi de leur donner les codes : on se déchausse avant d’entrer dans une mosquée, on se couvre les épaules en entrant dans une église… »

 

Une belle initiative, à reconduire, « car les peurs se nourrissent de ce qu’on ne connaît pas  ».

 

(Source  : L’Alsace)